19 Nadine Poinsot, France (1951-)

Marion Duval

Nadine poinsot

Histoire d’une femme discrète qui n’a pas eu peur de s’exposer dans l’espace public pour défendre sa cause, née d’une tragédie personnelle.

Une vie de famille ordinaire

Nadine Poinsot est née le 11 mars 1951 à Bois Colombes, en région parisienne. Après avoir eu trois garçons d’une première union, Nadine épousa Philippe Poinsot avec qui elle eut une fille, Marilou, la seule enfant issue de leur union et l’unique fille de Nadine Poinsot. Nadine est aussi l’heureuse grand-mère de deux petits garçons.

Dans un premier temps, elle fut professeure de sport avant de reprendre ses études, à 35 ans, afin de devenir psychologue. Aujourd’hui, elle consacre sa vie à l’Association Marilou qu’elle a créée avec son mari Philippe.

Une tragédie

Au petit matin du 1er janvier 2002, un tragique accident frappa Nadine Poinsot et sa famille. Elle était en voiture avec son mari et sa fille, alors âgée de neuf ans, lorsqu’une voiture sortit de sa trajectoire et les heurta de plein fouet. Son mari, qui conduisait, eut les côtes cassées, alors qu’elle eut une clavicule cassée qui nécessita une opération. Malheureusement, leur fille Marilou décéda sur le coup.

Le responsable de l’accident est un jeune homme de 18 ans qui conduisait sans permis de conduire et sous les effets du cannabis. Il sortit indemne de l’accident et ne passa que 9 mois en prison pour son crime. En 2002, ce n’était pas illégal de conduire sous « ivresse cannabique », comme le dit Philippe Poinsot, bien que cette drogue ait été illégale. Le fait que le responsable de la mort de leur fille s’en tire à si bon compte révolta les parents de Marilou qui se sont alors lancés dans ce qui est aujourd’hui le combat de leur vie.

Une femme révoltée

La première révolte de Nadine Poinsot la conduisit à instaurer un monument en mémoire de sa fille sur le lieu de l’accident.

Ce n’était pas prémédité. Quand j’ai vu que ma fille était réduite à deux lignes dans la rubrique « faits divers » du canard local, je n’ai pas supporté. Je n’ai pas supporté du tout. Alors, le panneau et les fleurs, ça s’est fait comme ça. Sans le savoir, c’était notre premier geste symbolique de révolte.

C’est aussi avec cette première révolte qu’elle se heurta à l’administration française quand elle chercha à obtenir l’autorisation d’instaurer ce monument et de le garder en place : « Je n’avais pas du tout envie qu’ils le virent, explique-t-elle. Déjà, pour avoir la bonne personne au bout du fil, je ne vous dis pas ! Quand je l’ai enfin eue, elle m’a dit, texto : “ Si vous voulez l’autorisation, vous ne l’aurez jamais. Mais si vous mettez votre panneau, on ne vous le retirera pas ”». Aussi, elle a admis dans une entrevue accordée au Parisien que c’est la révolte qui lui a permis de tenir le coup : « C’est mon carburant vital, pour ne pas laisser tout tomber ».

Le 25 avril 2002, jour où Marilou aurait dû fêter ses 10 ans, Nadine et son mari ont fondé l’Association Marilou afin de lutter pour des routes plus sûres et de venir en aide aux familles victimes et aux victimes d’accidents de la route. Nadine mit alors un terme à sa pratique de psychologue pour se consacrer à l’Association.

Encore aujourd’hui, elle en est la présidente et s’occupe de leurs deux sites Internet : l’un pour commémorer Marilou et l’autre pour fournir les informations qui leur ont tant manqué suite à l’accident.

Cette bataille, c’est ce qui me permet de me maintenir un peu vivante. Une façon pour moi de m’occuper encore d’elle.

Association Marilou : pour les routes de la vie

Leur premier combat fut celui du cannabis au volant. Il leur aura fallu un an de lutte et de mobilisation sur tous les fronts, notamment auprès des médias ainsi que des élus, incluant Jacques Chirac alors Président de la République. C’est ainsi qu’un an après la création de l’Association, une loi fut votée qui fit de la conduite sous l’effet de produits stupéfiants un délit en France. Grâce à eux et à leurs actions, une personne qui conduit sous l’emprise du cannabis peut écoper jusqu’à 2 ans de prison et d’une peine plus lourde si, en plus, il y a eu consommation d’alcool.

Symboliquement, le Garde des Sceaux de l’époque, Dominique Perben, a dédié cette loi à la mémoire de Marilou Poinsot. La loi s’appelle donc : Loi Marilou.

Mais la lutte anti-cannabis du couple ne s’arrêta pas là. Avec l’Association Marilou, Nadine Poinsot a décidé de sensibiliser le public aux dangers de la route et à la conduite sous l’influence d’alcool ou de substance psychotrope. Elle a entamé un grand pèlerinage à travers la France pour y donner des conférences dans les écoles, collèges, lycées, universités, entreprises, forums, salons… Elle y livre un témoignage touchant et très apprécié autant par les jeunes que les moins jeunes. Ses interventions en milieu scolaire sont victimes de leur succès, la demande est trop grande, elle ne peut plus y répondre seule.

Le soutien aux familles est la deuxième mission que le couple s’est donnée pour l’Association. Après l’accident, Nadine et son mari se sont retrouvés seuls, sans aide et sans soutien. Puisqu’ils ne connaissaient rien aux procédures et démarches administratives, du soutien psychologique aurait été bienvenu après l’accident et la perte traumatisante de leur fille. Nadine confiait au Parisien :

Toute notre énergie s’est concentrée sur la douleur. C’est comme si on avait reçu un bloc de béton d’une tonne sur la figure. On s’est retrouvés complètement isolés, sans rien pour se raccrocher.

C’est pourquoi aujourd’hui il est possible de retrouver sur le site de l’Association les informations nécessaires pour les victimes ou familles de victimes, mais aussi sur le cannabis et les adolescents. Nadine Poinsot prend sa mission de soutien à cœur et va jusqu’à assister aux procès pour épauler les familles.

Un combat sans fin

Bien que Nadine Poinsot suive de près toutes les avancées technologiques et scientifiques sur le cannabis et les moyens de le dépister, elle se défend d’être une experte. Malgré tout, en avril 2003, en tant que présidente de l’Association Marilou, on lui a demandé de participer à l’Audition de la Commission d’enquête sénatoriale française sur la politique nationale de lutte contre les drogues illicites.

Déterminée à rendre les routes françaises plus sécuritaires, elle s’attaque maintenant à un nouveau fléau moderne : les textos au volant.

Références

Association Marilou : http://www.association-marilou.org/

Renou, Aymeric (2004), « Un chauffard a pillé notre vie », Le Parisien.
http://www.leparisien.fr/societe/un-chauffard-a-pille-notre-vie-16-10-2004-2005378253.php

Van Renterghem, Marion (2005), « Requiem au bord de la route », Le Monde.
http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2005/05/06/requiem-au-bord-des-routes_646870_3208.html

Le site Pour Marilou : http://www.marilou.org/

Le Sénat français : http://www.senat.fr/evenement/drogues_illicites.html

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