29 Leymah Gbowee, Libéria (1972-)

Armande Koffi-Kra

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Née à Monrovia au Libéria le 1er février 1972, Leymah Roberta Gbowee est assistante sociale de formation. Militante et activiste des droits humains, elle a reçu en 2011 le prix Nobel de la Paix pour son engagement pacifique en faveur de la paix et du respect des droits humains. Ce prix est en fait le couronnement d’un long combat pour le retour de la paix dans son pays.

Le Libéria, une histoire difficile

Situé en Afrique de l’Ouest, le Libéria a connu deux guerres civiles qui ont provoqué la mort de nombreuses personnes. Lorsque Charles Taylor reprit le pouvoir en 1989 en succédant à Samuel Do, le pays s’enfonça dans une violente crise à caractère ethnique et économique. Sous sa gouverne, des meurtres et tueries furent perpétrés contre ses supposés opposants. Leymah Gbowee n’avait alors que 17 ans et fut obligée de fuir le pays avec sa famille et de se réfugier au Ghana.

Au cœur du conflit qui faisait rage, les enfants étaient utilisés comme armes de guerre et esclaves sexuels et devenaient de véritables machines à tuer. Bravant les dangers de la guerre, Leymah Gbowee décida de regagner son pays en 1991 et de s’engager comme travailleuse sociale au côté des ex-enfants soldats : les Taylor’s boys.

Devant le drame qui se jouait sous ses yeux, Leymah Gbowee décida de dire non aux manipulations des politiciens et de protéger les enfants, mais aussi les femmes qui subissaient viols et agressions sexuelles. De 1989 à 1996, l’ONU dénombra plus de 150000 personnes tuées et près de 850000 réfugiés. Les affrontements s’estompèrent dans le courant de l’année 1997 puis reprirent en 1999.

Leymah Gbowee initia alors en 2002 des rencontres avec les femmes de sa localité. Réunies pour trouver un moyen de ramener la paix au Liberia, les femmes de confessions musulmanes et chrétiennes organisèrent des marches pacifiques à travers la ville, ainsi que des séances de prière pour faire flancher le gouvernement de Charles Taylor. Vêtues de blanc, elles paradèrent à travers la ville en chantant et en dansant pour se faire entendre dans l’espace public, notamment dans les marchés où elles se réunirent pour interpeller la communauté libérienne. Elles initièrent également une grève du sexe qui, même si elle a été de faible ampleur, assura une grande visibilité au mouvement.

Construire la paix

Devant la ténacité de ces femmes fatiguées de subir violences sexuelles et tueries, Charles Taylor n’eut d’autre choix que de les rencontrer en avril 2003. Il accepta par la suite de prendre part à des pourparlers de paix au Ghana. Leymah Gbowee, en tant que leader du mouvement Women of Liberia Action for Peace, fut présente au Ghana lors des négociations de paix. Alors que Charles Taylor et les chefs rebelles bloquaient l’avancée des négociations et souhaitent se retirer, Leymah Gbowee et les membres de sa délégation décidèrent de leur barrer le passage. Cet acte obligea les protagonistes du conflit à se séparer sur un accord de paix.

En représailles à son interposition aux chefs de guerre, les forces armées de Taylor envisagèrent d’arrêter Leymah. Elle menaça alors de se dévêtir devant tout le monde. Dans la tradition libérienne, une femme en colère qui se met nue en public attire sur l’homme qui l’y a poussé une grande malédiction. Pris de peur, les militaires finirent par la laisser s’en aller.

Le militantisme de ces femmes fut décisif dans le processus de paix du Liberia, car le 11 août 2003, Charles Taylor démissionna du pouvoir et partit en exil. Il se fit arrêter en 2006 au Nigéria. Reconnu coupable de crime de guerre, de crime contre l’humanité et de violation du droit International Humanitaire par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, un pays touché par les affres de ses actions, il purge une peine de 50 ans dans une prison britannique.

Celle que la communauté internationale appelle la guerrière de la paix est considérée comme une activiste ayant contribué à ramener la paix dans son pays de manière pacifique. Pour avoir lutté pour le respect des droits des femmes, Leymah Gbowee reçut le prix Nobel de la Paix en 2011 au Côté de Ellen Johnson, première femme présidente du Libéria et de Tawakkul Karman du Yemen, activiste pour les droits humains.

Combattre pour le droit des femmes

Si Leymah Gbowee manifesta un si grand engagement pour la cause des femmes, c’est aussi en partie à cause de son vécu personnel. En effet, mère de six enfants, elle a connu le quotidien douloureux de la vie aux côtés d’un mari alcoolique et violent. Loin de la freiner dans son élan, ce triste épisode de sa vie, au contraire, renforça son engagement auprès de sa communauté, ce qui l’amena à dépasser les frontières du Libéria et à étendre son action aux femmes de l’Afrique de l’Ouest. Ainsi, en 2006, elle participa à la création du Réseau des Femmes pour la Paix et la Sécurité en Afrique – Women Peace and Security Network Africa (WIPSEN-A) – afin de permettre aux femmes et aux jeunes filles d’être des actrices de paix en Afrique. Ce réseau de femmes militantes s’étend non seulement au Liberia, mais aussi au Ghana, en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone et dans bien d’autres pays de la sous-région. Cette organisation se spécialise dans le maintien de la paix et la promotion du leadership féminin. Leymah Gbowee y occupa le poste de directrice exécutive durant 6 ans.

Prix et reconnaissance

En octobre 2007, l’Université de Havard lui décerna le Prix du Ruban Bleu de la Paix. Puis, en janvier 2008, Leymah Gbowee fut reconnue leader du 21e siècle par le site Women’s eNews à cause de ses actions en faveur de la paix et de sa capacité à mobiliser les femmes afin de prévenir et gérer les conflits. Son histoire fit l’objet d’un film documentaire en 2008 intitulé Pray the Devil Back to Hell, réalisé par Abigail Disnet et Gini Reticker.

Ce film résume assez bien l’engagement de ces femmes du Liberia et leurs actions afin de retrouver la paix dans leur pays. En 2009, Leymah Gbowee reçut le Prix des droits des femmes (Women’s Rights Prize) de la fondation Gruber de l’Université Yale. Cette même année lui fut décerné le Prix John Kennedy du courage pour sa prise de position et son rôle d’éveilleur de conscience. Elle reçut en 2010 un prix (Jolie Humanitarian Award) de l’école de Riverdale pour Service rendu à l’Humanité. En 2011, ce fut au tour de l’Université Villanova en Pennsylvanie de récompenser l’engagement de Leymah Gbowee. Bien d’autres prix lui furent décernés pour son engagement humanitaire et ses actions en faveur de la justice sociale.

Elle publia en 2011 un mémoire — Mighty Be Our Powers — écrit par la journaliste Carole Mithers. Ce livre très personnel donne plus de détails sur la manière dont elle a vécu ces 14 années de crise qui ont bouleversé de nombreuses vies au Libéria. Il y est relaté également son déchirement, celle d’une mère de famille devant choisir entre ses six enfants et son travail, mais surtout ses motivations profondes d’entraide et ses actions concrètes aux côtés des femmes de son pays afin de ramener la paix au Libéria au péril de leur vie.

Afin de contribuer au leadership des femmes et des jeunes filles, Lemah Gbowee a mis sur pied en 2012 une fondation à but non lucratif du nom de Gbowee Peace Foundation Africa (GPFA). Elle y travaille pour la prévention et la gestion des conflits, mais aussi pour la scolarisation des jeunes filles et leur rayonnement social.

Aujourd’hui, son engagement est reconnu à travers le monde. En plus de détenir une maîtrise en management des conflits, elle a reçu deux doctorats honorifiques : celui de l’Université Rhodes en Afrique du Sud et de l’Université de l’Alberta au Canada (2012). Elle a également reçu le titre de spécialiste en gestion et résolution de conflits de l’Université polytechnique du Mozambique en 2013. Leymah Gbowee vit toujours au Libéria et continue d’utiliser sa foi en Dieu pour l’assister dans chacune de ses missions de solidarité.

 Références

Nobel Prize and Laureates (2011), « Leymah Gbowee – Biographical ».
http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/2011/gbowee-bio.html

Union Afrique (2003), Rapport du président intérimaire sur le processus de paix au Liberia.
http://www.peaceau.org/uploads/report-290803libfr.pdf

Sites complémentaires :

http://www.leymahgbowee.com

http://www.gboweepeaceusa.org

http://www.mightybeourpowers.com

http://www.praythedevilbacktohell.com

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